#4 : de Kingston à Londres, la difficile percée de Bob Marley

Publié le par M@2T

 

De retour en Jamaïque, Bob fonde les disques Tuff Gong avec Peter et Bunny. Pour leur premier disque Black Progress, très engagé, ils sont accompagnés des frères Barrett et de leur puissante rythmique reggae. Par la suite Bob enregistre le somptueux Mr Chatterbox auprès du producteur Bunny Lee, avant de retrouver une vieille connaissance du temps de Studio One, Lee « Scratch » Perry. Sous la houlette de ce dernier, les compositions de Marley prennent une dimension supérieure. Perry leur permet de répéter dans un local situé à l’arrière de sa nouvelle boutique de disques. De 1970 à 1972, pas moins de 54 enregistrements des Wailers en sortiront. Toutefois ces productions ‘auront qu’un écho limité en Jamaïque. Le groupe va donc également voir ailleurs.


Ils retrouvent alors Leslie Kong, le Sino-jamaïcain qui a produit les premiers 45 tours de Bob. Ce dernier s’est depuis exporté en Angleterre où il est distribué successivement par Island et Trojan, propriété du jamaïcain blanc Chris Blackwell. En 1971 sort l’album « Best of Wailers » et ses quelques merveilles (Soul Captives, Cheer Up…) mais Kong décède brutalement et l’album tombe aux oubliettes. Ironiquement, de nombreuses et médiocres copies de cet album seront publiées par la suite, en faisant l’un des plus vendus de la carrière de Bob, sans le moindre profit pour ce dernier.


Les Wailers retournent alors voir « Scratch » dont les vues et suggestions vont donner un autre son au reggae du moment. De plus l’entente avec Bob amène à des compositions étonnantes tel Duppy Conqueror. En compagnie des Upsetters – les frères Barrett, Glen Adams, Alva Reggie Lewis & Rannie Bop Williams – les morceaux de qualité s’enchaînent rapidement : Kaya, Keep on Moving, Sun is Shining… En 1971, Lee « Scratch » Perry compile le tout sur l’album Soul Revolution Part II. Il s’agit d’un des albums les plus essentiels de la carrière de Bob & The Wailers, mais ils ne touchent rien sur les ventes. Cela abouti à une embrouille et les Wailers quittent Perry. Les Wailers vont alors auto-produire quelques disques sous leur label Tuff Gong mais ils ne peuvent se payer que trop peu de séances en studio.


Sous l’influence de son grand ami le footballeur Allan « Skill » Cole, Bob rejoint les Twelve Tribes (les Douze Tribus d’Israël), mouvement rasta qui cherchent à unir les différents courants rastafariens jamaïcains. Bob s’y implique à sa façon, pensant que le mouvement doit conduire à une élite intellectuelle pour la défense de la cause rasta. Cole refuse les avances de l’équipe nationale brésilienne et reste à Kingston où il financera en partie des productions de Bob. Les deux hommes jouent au foot ensemble tous les jours.


C’est à ce moment que Bob écrit Trench Town Rock. La chanson est enregistrée avec Bunny et Peter ainsi que Winston « Pipe » Matthews et Lloyd « Bread » McDonald du groupe Les Wailing Souls. Le morceau fait l’effet d’une bombe dans le ghetto et devient un succès instantané. C’est leur première réussite depuis les années 1964-66. Ce succès donne lieu à une reprise en duo avec le grand DJ U Roy. Le groupe respire enfin et d’autres morceaux de qualité sortent dans la nouvelle boutique Tuff Gong dans le centre ouest de Kingston : Lively Up Yourself, Satisfy My Soul Jah Jah.


Bob se voit alors proposer par Jonnhy Nash un travail qu'il ne peut pas refuser ; auteur-compositeur en Suède. Laissant sa femme, ses enfants et le reste du groupe dos au mur à Kingston, Bob passe plusieurs semaines dans la banlieue de Stockholm en mai 1971 pour la bande-annonce du film Love is not a game dans lequel joue Nash ; puis le suit à Londres où ce dernier enregistre son album à succès I Can See Clearly Now chez Columbia, dont quatre compositions de Bob font partie (Stir It Up, Guava Jelly, Comma Comma et You Poured Sugar on Me). L'heure de Bob semble enfin venue. En effet il signe alors un arrangement avec Columbia, enregistre le 45 tours Reggae On Brodway et rentre en Jamaïque pour annoncer la nouvelle au groupe et préparer une tournée anglaise.


Début 1972 Bob, Rita et Bunny soutiennent la campagne du socialiste démocrate Michael Manley en jouant sur la plateforme d'un camion électoral, pour s'opposer au gouvernement libéral en place. Le 20 avril, Rita donne un second fils à Bob, Stephen. Le 19 mai, c'est l'une des maîtresses de Bob (Janet) qui accouche de Rohan, adopté par sa mère Cedella, future star de football américain et père des enfants de Laurynn Hill; puis une autre (Patricia Williams) qui donne naissance à Robert Junior.


Le 26 mai 1972, le 45 tours Reggae On Brodway est présenté à la presse anglaise. Il s'agit d'une version retravaillée par l'équipe artistique de Nash qui craint que le reggae pur ne marche pas, habillée de cuivres et même d'une guitare électrique pour le titre éponyme afin de rendre le tout plus « rock ». Bob et les Wailers partent pour Londres pour la promotion du disque. Ils jouent quelques petits concerts et deux premières parties de Nash. Alors que ce dernier connaît le succès, le 45 tours de Bob fait un bide complet. Columbia et Nash lachent alors le groupe, laissant Bob et ses accolytes sans argent pour rentrer.


Tandis que le candidat Michael Manley est élu premier ministre en Jamaïque en partie gràce au soutien rasta, le reggae commence à être en vogue en Grande-Bretagne notamment avec la sortie du film sur le reggae jamaïcain The Harder They Come avec l'étoile montante Jimmy Cliff. Le reggae se métamorphose, le tempo ralentit, l'âge d'or se profile.


Coincés à Londres, Bob, Bunny et Peter ne désespèrent pas et rentrent en contact avec Chris Blackwell, patron des prestigieux labels Trojan et Island et producteur du même Jimmy Cliff. Blackwell, qui avait remarqué les morceaux de Bob sur l'album de Nash, accepte de les faire signer sous son label Island. Il rachète leur contrat exclusif à ce dernier et fournit à Bob l'argent nécessaire pour enregistrer un disque. Peu de temps après, les Wailers lui présentent plusieurs très bons morceaux : Concrete Jungle, No More Trouble, Kinky Reggae... Convaincu, Chris Blackwell opèrent quelques modifications, dont l'intégration de solos dans les morceaux, et compile le tout dans un premier disque, Catch A Fire ; suivit l'année suivante d'un second album, Burnin' et ses merveilles Get Up, Stand Up et I Shot The Sheriff.


La coopération avec Blackwell donne aux Wailers les clés de la réussite, mais le véritable succès n'est pas encore arrivé. En 1973 le trio entamme une tournée anglaise au cours de laquelle Bunny, n'acceptant pas les conditions précaires des concerts mal payés, abandonne ses compères et rentre au pays pour entammer une carrière solo. Remplacé par Joe Higgs, le groupe part aussitôt pour une tournée américaine en première partie de Sly & the Family Stone. De cette tournée annulée au bout de quelques jours est par la suite sorti l'album Talkin' Blues, enregistré en direct. Une seconde tournée anglaise lancée dans la foulée verra Peter quitter Bob à son tour après 10 ans de collaboration, souffrant de la comparaison entre eux et croyant à un succès plus rapide.


En janvier 1974, Bob à présent seul, retourne voir Lee « Scratch » Perry dans son nouveau studio. Grâce à Perry et sa boîte à rythme, Bob enregistre les sublimes Rainbow Country et Natural Mystic. Bob vit alors au 56 Hope Road dans le quartier riche de Kingston (aujourd'hui tansformé en musée à sa gloire),en compagnie de son ami et porte-parole du mouvement rastafari Skill Cole ainsi que de l'américain Lee Jaffe (futur producteur de Peter Tosh) qui accompagne Bob et ses musiciens sur scène en mai 1974 en première partie de Marvin Gaye. Le succès est tel que Bob vole la vedette au géant de la soul américaine. Le génie de Bob Marley s'apprête à éclater sur la scène internationale...

 


Publié dans Musique

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